Pauvreté, corruption, pègre en Israël il y a 10 ans … Cela a-t-il vraiment changer aujourd’hui ?

Tranches de vies à Tel-Aviv: Israël face à ses démons
Par Claude SENOUF
Publié dans L’Économiste le 17 – 08 – 2005

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ISRAËL traverse une crise sans précédent et il faut être effroyablement optimiste pour trouver des raisons sérieuses de se réjouir. Le retrait de Gaza a été un catalyseur mettant au grand jour le malaise profond et les dissensions qui touchent la société israélienne. La vox populi est unanime: «Rien ne va plus».

Le détachement des politiques et leur apathie devant l’urgence de la situation sont terrifiants. Ce peuple trempé dans l’airain finit par s’user et courber l’échine face à ses propres démons, en particulier la pauvreté et la corruption, mais au Festival du film de Jérusalem, on ne parlait pas de cela (cf. encadré ci-contre)
· Une terre convoitée jusqu’à la folie
Tout serait parfait et il faut être le diable pour émettre l’idée que c’est un festival pour riches ashkénazes de gauche dans un État où l’idéologie de la moitié du pays est celle de séfarades de droite. La vocation d’un festival n’est pas de témoigner de la réalité sociale. Pourtant, la gravité des problèmes sociaux effraie, autant sinon plus que le terrorisme. L’ensemble des problèmes qui se posent à la société israélienne pourrait l’entraîner dans une crise dont personne ne peut aujourd’hui mesurer l’ampleur.

http://www.lepoint.fr/monde/israel-rattrape-par-ses-demons-08-07-2014-1844382_24.php

Où est ce pays dont les Juifs ont rêvé? Une terre dont les valeurs empreintes d’une soif d’amour et de justice, tirerait définitivement un trait sur la Shoah, pour qu’ils puissent avoir un toit et les moyens de le défendre, et pourquoi pas, en paix et en harmonie avec leurs voisins.
Aux voix qui s’élèvent pour dire qu’Israël s’est construit sur la terre d’un autre peuple, je répondrais «oui, c’est partiellement vrai».
En même temps, ne sommes-nous jamais propriétaires que de notre linceul ?
Pour le reste, et ce n est pas une mince affaire, soyons de bons locataires et gérons ensemble ou côte à côte, cette terre convoitée à la folie. Justice et dignité pourraient se substituer au droit chancelant.
Sur le plan interne, les questions d’ordre politique, moral et stratégique concernent en premier lieu les bases démocratiques du pays.
· Démographie contre démocratie
Dans une vingtaine d’années, la population arabe d’Israël ne sera plus une communauté minoritaire mais une entité culturelle et ethnique considérable. Comment alors maintenir à la fois l’identité juive du pays, qui est la raison d’exister d’Israël et le principe fondamental «une voix = un homme»?
Les Israéliens devront tôt ou tard faire un choix: soit accepter le principe d’une société multiculturelle et multi-religieuse, et donc repenser le principe d’un État juif, soit renoncer partiellement à la démocratie et aux valeurs morales qu’elle véhicule.
Israël sera-t-il le pays des Israéliens avant d’être le pays des Juifs? Il faudra clairement aborder ce débat constitutionnel et en déterminer les clefs.
La sédimentation de cette situation ambiguë est dangereuse. Mais si le choix se fait sur une constitution s’inspirant de l’actuelle loi basique (laquelle admet comme principe la judaïcité de l’état), il faudra donner un statut aux Arabes israéliens qui soit juste; et s’il ne peut pas se fonder sur le droit et sur les principes démocratiques, il faudra en accord avec les minorités (celles qui acceptent de discuter), trouver un cadre dans lequel la justice soit rétablie. Lorsque certains parlent d’apartheid ou de fascisme, ils dérapent complètement, mais si cette question n’est pas maîtrisée dans un esprit de justice (qui compenserait d’une manière ou d’une autre la transgression démocratique), les tensions risquent de s’amplifier.
Certains politiques envisagent, après consultations avec les populations, de rattacher le triangle de Wadi Ara, ensemble de bourgs à grande majorité arabo-musulmane au futur État palestinien, en échange de territoire en Cisjordanie.
Sharon va se résoudre à un retrait plus ample en Cisjordanie. Avant cela, le gouvernement applique son plan de désengagement de Gaza.
· Les colons, une charge financière importante
Les colons, en se réinsérant dans le pays, vont le soulager d’une charge financière et sécuritaire importante. Sur le plan moral et sans offenser ceux qui sont délogés, cette exception que constituait une population gardée nuit et jour par des soldats en arme et vivant à quelques mètres des camps de réfugiés palestiniens, n’était plus tolérable. Leurs revendications vont s’atténuer et après leur réinstallation, leur intérêt ne sera plus de poursuivre l’agitation sociale qui s’est développée pendant la phase effective du retrait.
La démission de Netanyahu, chef de file des opposants au dialogue avec les voisins arabes (dont il clame la perfidie), constitue une nouvelle donne. Aujourd’hui, dans une confrontation interne au sein du Likoud, il devancerait Sharon. Ce sondage intervient dans une situation critique car il y a juste un mois, le rapport des forces donnait l’avantage à Sharon. Après la première phase du désengagement, la situation va se décanter et l’opinion publique pourrait redevenir favorable à Sharon, même à l’intérieur du Likoud. L’élément sécuritaire arbitrera la confrontation. S’il n’y a pas d’attentat, Sharon aura les mains libres pour continuer le retrait de Cisjordanie avec un soutien populaire. La position du Hamas n’est pas claire en Cisjordanie où il ne jouit pas de la même popularité qu’à Gaza et où ses objectifs sont à long terme. Le Hamas pourrait envisager de se présenter comme la force politique ayant réussi à bouter les Israéliens hors de Gaza grâce au combat de ses militants et envisager de poursuivre une politique agressive pour renforcer ses positions. L’idée d’un grand axe politique centriste qui regrouperait une partie du Likoud favorable à Sharon, l’aile du Parti travailliste favorable à Shimon Pérès et les laïcs de Shinoui, est en train de germer. Conformément à sa stratégie habituelle, Sharon vient de lancer un ballon d’essai dans l’opinion publique. Il parle maintenant de compléter le retrait en Cisjordanie, paramètre essentiel d’une négociation sérieuse avec les voisins palestiniens.
Cette nouvelle coalition devra impérativement rétablir les acquis sociaux mis à mal par le programme économique de Netanyahu qui a plongé les plus démunis dans la précarité et le désarroi. La solidarité c’est tout Israël: le sentiment d’appartenir à une seule et même famille. Encore deux ans de ce régime de misère et l’on verra comme à Paris ou à New York les gens détourner leur regard en voyant la misère de leur prochain…
La situation du peuple est difficile et la classe moyenne risque de disparaître. Le pouvoir d’achat se rétrécit comme une peau de chagrin. Les Israéliens consomment de moins en moins. L’amertume de ces gens simples est à chaque coin de rue.
Quelques gangsters marocains à la retraite…
Parallèlement, une centaine de familles contrôlent les richesses du pays. Le fossé se creuse. Les signes d’une certaine reprise économique sont réels et le chômage n atteint pas les niveaux des pays européens. L’inflation est tout à fait maîtrisée et le shekel se tient bien face aux devises internationales. La high-tech tire un pan de l’économie vers le haut, mais il faut absolument que cette amélioration puisse profiter aux plus démunis.
Malgré l’ensemble de ces problèmes, on assiste à une augmentation des achats immobiliers. Les Français qui payent en euro ont pris leurs quartiers d’été dans les hôtels de luxe de Tel-Aviv où déambulent des gangsters marocains à la retraite. Avec quelques dizaines de millions de dollars, on peut apparemment tout acheter, y compris une virginité morale. Le prix du mètre carré à Tel-Aviv pour un appartement neuf et dans un bon quartier atteint les 4.000 dollars (35.000 DH). Les promoteurs qui achètent de petits immeubles et les réhabilitent, ne perdent pas d’argent. Un des quartiers les plus prisés se nomme Neve Tsedek. La famille Amzalag y a donné son nom à une rue. Cet apport d’investissements donne une petite bouffée d oxygène dans la construction et surtout dans le tourisme.
Un autre sujet de préoccupation des Israéliens est la corruption et le népotisme.Ils touchent l’ensemble de l’administration, du petit employé municipal au ministre. Une loi devrait être présentée pour punir plus sévèrement ce type de délit. Dans ce climat assez incertain, le crime organisé est, lui aussi, en augmentation. Il est clair qu’il n’y a guère de place pour le rêve. Alors comment sortir de cette crise? Comment lutter contre la pauvreté, contre la corruption et contre la pègre?
De vieux chevaux de retour comme Pérès, Sharon et Lapid auront-ils la force et la détermination pour refonder profondément et totalement la politique, l’économie et la morale israélienne? Un jour, la survie d’Israël pourrait ne plus coïncider avec les intérêts vitaux des États-Unis. Il y a urgence. Les mesures à prendre sont drastiques et l’on attend le leader capable de dire aux Israéliens la vérité.
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Cinéma marocain au Festival de Jérusalem
L’ENDROIT est d’une beauté saisissante à couper le souffle. Au pied des murailles de la vieille ville de Jérusalem, un amphithéâtre accueillait la soirée inaugurale du Festival. Le public semble naviguer sur un vaisseau spatial, loin des tourments et du conflit, qui fait parfois rage à quelques encablures.
En avant-première, «La guerre des mondes», le dernier film de Spielberg, décrit avec lyrisme et sans génie, une attaque cruelle et meurtrière, un danger absolu et invisible qui menace l’Amérique: illustration symbolique de la destruction des Twin Towers à New York. Quelques heures auparavant, Londres subissait une série d’attentats. Le public, pris à témoin, fut convié à respecter une minute de silence, puis à manifester par des clameurs symboliques sa solidarité aux victimes, comme si la nuit douce et étoilée de Jérusalem porterait sa compassion jusqu’à la Tamise.
L’âme du Festival est Lia Van Lir. Son engagement et son parcours évoquent ceux d’Henri Langlois , le mentor légendaire de la cinémathèque française et dont un film «Le fantôme d’Henri Langlois» relatait le destin picaresque et tragique.
Zeev Revah, Haim Buzaglo, Michèle Ohayon, Ismaël Ferroukhi, Ronit El Kabetz, et Moshe Ibghi (meilleure actrice et meilleur acteur), voilà des noms, des histoires, des images, des destins croisés qui se nourrissent des mêmes ferments, qui ont reçu les mêmes alluvions: ceux de la culture et de l’histoire du Maroc.
Michèle Ohayon a réalisé une jolie fable, sur le mode cinéma-vérité: «Cow-boy del amor», l’histoire d’un Texan, marieur de profession, qui présente avec plus ou moins de bonheur des hommes américains a des femmes mexicaines.
L’acteur Zeev Revah a reçu une «palme» pour l’ensemble de son œuvre. Cette distinction récompensait aussi son combat pour la reconnaissance des cultures judéo-arabes. Le chef-d’œuvre c’est le film d’Ismaël Ferroukhi: «Le grand voyage», l’histoire d’un père et de son fils qui font ensemble et en voiture le voyage du Haj entre Paris et La Mecque, en passant par les Balkans la Turquie et la Syrie. Une leçon de tolérance et d’amour exceptionnelle. Le public a applaudi à tout rompre en regrettant l’absence du réalisateur. On remarquait dans le public la présence d’Adi Albala, poétesse et artiste d’origine grecque, une illustration du charme et de la beauté juive contemporaine.
Les choix du festival sont très éclectiques, un peu de «people», un peu de social et de politiquement correct, un peu de cinéma expérimental… Ce dosage délicat en fait un festival d’une richesse unique.

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